LE DEVOIR DE TRANSMETTRE
dimanche 18 mai 2003, par Pascal Jaussaud
Des grands concerts qu'il a donnés récemment - le Concert pour la Paix, à Montpellier, ou la soirée dédiée à Cheikh Raymond, à Paris -, Alain Chekroun retient les moments de partage avec les musiciens, de communion avec le public. Sa vocation de chanteur, il la doit à son besoin de transmettre, à son devoir de maintenir une tradition familiale et religieuse. Héritier, maillon, il est à sa place, au sein d ?une génération qui a le souci de recueillir la mémoire musicale d ?une communauté pour que les plus jeunes n'oublient jamais le message de paix légué par leurs prédécesseurs.
Alain Chekroun : Les musiques étaient mêlées, puisque l'on empruntait au voisin ses traditions musicales. Elles n'appartenaient à personne. Elles étaient tellement populaires, que nous ne connaissions plus leurs véritables origines. Ainsi, nos textes sacrés étaient chantés sur des musiques profanes orientales. Le travail de Cheikh Raymond Leyris était bien évidemment important dans ce patrimoine. Il n'était pas le seul, mais il a fait connaître ces musiques en les diffusant énormément et en faisant reconnaître l'union entre Juifs et Musulmans. Et la musique a contribué à faire entrer le peuple dans les synagogues, les églises et les mosquées. C'est ce qui fait la spécificité de notre culture musicale, différente de celle pratiquée dans d'autres régions, d'autres pays. Pour moi, c'est cela, la mémoire juive régionale. Des influences extérieures à la ville étaient également présentes. Mon grand-père était allé écouter un paytan célèbre, à Tunis, en 1935. Le rencontrer et chanter avec lui justifiaient le voyage. C'était
Asher Mizrahi,
un homme né à Jérusalem, exilé en Tunisie. Il dirigeait la communauté tunisienne et a écrit plusieurs poèmes liturgiques. Il a apporté beaucoup à la tradition des piyoutim. On connaît beaucoup de poèmes écrits par des grands maîtres. Les hébraïsants peuvent facilement identifier l'auteur d'une poésie, car la plupart du temps, ces poèmes ont un acrostiche qui révèle le prénom de leur auteur. Ces acrostiches donnent parfois aussi le lieu de résidence du poète, son surnom ?
http://www.sephardifolklit.org/flsj/sjjs/lecture/lecture8.html
Oral Literature of the Hispanic World
Samuel G. Armistead
Faculty Research Lecture, 1998
University of California, Davis
Creative Cultural Fusions: "Orientalizing" the Ballad Melody
And as our work went forward, we were to discover something
that had never been noticed before. Various ballads sung
in the Eastern Sephardic communities--ballads that, in every way,
look like authentic medieval survivals--turned out, in fact,
to be quite close translations from Modern Greek.
In the Eastern communities, the Spanish Jews had, as their close,
immediate neighbors, Greeks, Turks, South Slavs, Albanians,
and other Balkan peoples. In Morocco, their neighbors spoke Arabic.
The influence of these peoples has been crucially important
to the development of Sephardic traditional poetry.
And this has turned out to be very much the case,
not only with texts, but also, as my friend Professor Katz has shown,
with the music to which Sephardic ballads are sung.
Here is one example of the "Orientalization" of ballad music.
This is a Judeo-Spanish version of the ballad of The Husband's Return.
It can be traced back to medieval Spanish antecedents
and ultimately to a lost Old French archetype.
But if we were to disregard the Spanish words and concentrate
our attention on the music alone, we could easily be convinced
that this is a Near Eastern, a Turkish, or an Arabic song.
The singer is playing a stringed instrument, the Turkish ud,
as an accompaniment.
(This is the Arabic word and the Arabic instrument
that entered Western European communities as the lute)
La vuelta del marido
Le retour du mari
Arvoleras, arvoleras
Arbres, nobles arbres
arvoleras tan gentil!
Quel bel arbre !
La raís tienéx de oro
Tes racines sont en or
la simiente de marfil
Ton tronc d'ivoire
Por ayí pasó un cavayero
Un chevalier est passé par là
cavayero d'Amadí
Un chevalier du nom d'Amadi
Qué buxcáx, la mi señora?
Que cherchez vous Madame?
Qué buxcáx vos por aquí?
Que cherchez vous ici?
Buxco yo al mi querido
Je cherche mon amant
mi querido Amadí.
Mon cher Amadí.
Vos daré las tres mis hijas
Je vous donnerai mes trois filles
tres mis hijas d'Amadí
Les trois filles d'Amadí
La una para la meza
Une pour dresser la table
la sigunda para servir
La deuxième pour servir
la tresera, la más chiquitica d'eyas
La troisième, la plus jeune d'entre elles
para holgar y para dormir
Pour dormir avec vous
Él ya abaxó di el cavayo
Il descendit de son cheval
s'asercó y a donde mí
Et s'approcha de moi
Miramos cara con cara
Nous nous regardames les yeux dans les yeux
Ah,! Tú sos el mi querido
Oh, vous êtes mon chéri
que yo tanto te asufrí
J'ai tant souffert
Bendicho el Patrón del Mundo
Béni soit le maître du monde
que vos traxo para mí!
Qui vous a ramené à moi!
(Asher Mizrahi,
Istanbul, Turkey;
collected by Dr. Kenneth Brown, Tunis, c. 1960)
In the light of such texts as this one,
the Sephardic tradition emerges,
not only as a marvelous treasure trove
of multi-secular medieval survivals,
but rather as a rich, pluralistic, living,
and constantly evolving creative tradition,
a synthesis of Hispanic and Near Eastern elements,
a tradition which faithfully mirrors all the diverse
cultural contacts, the many adventures, experienced by the Sephardic people,
during half a millennium, since they
were forced to depart from their Spanish homeland.